Presque un mois après la découverte de petites cavités à la surface du sol martien, Curiosity a encore frappé. Bien qu’il ait posé ses roues dans le cratère Gale il y a 14 ans, le brave rover de la NASA continue de nous régaler régulièrement, en nous offrant des images de la planète rouge d’une qualité exceptionnelle. On pense notamment au panorama époustouflant du canal de Gediz Vallis, sans oublier ses sublimes clichés de rayons solaires perçant les nuages nacrés du ciel martien. Pendant l’été, le 11 août 2026, lors de son 4 982e jour de mission, sa caméra Mastcam a toutefois capturé une image qui sort du lot.
Six clichés, pour être précis, qui ont été agencés pour former un panorama complet, qui dévoile, avec un niveau de détail ahurissant, des falaises lointaines sculptées par le vent sur les flancs nord-ouest du Mont Sharp (voir image ci-dessous), la montagne de cinq kilomètres de haut que le rover escalade depuis 2014. Ces formations rocheuses, sont appelées des yardangs : des crêtes allongées taillées par l’érosion éolienne sur des millions d’années.
En l’occurrence, celles-ci s’étirent sur environ 16 kilomètres et leur origine reste à ce jour inexpliquée. L’image, prise à 8 h 30 (heure locale martienne), a été publiée sans correction de la balance des blancs, ce qui préserve les teintes bleutées du premier plan produites par la lumière rasante du petit matin, donnant à la scène une atmosphère éthérée et très différente des autres clichés auxquels il nous a habitués.
Mars : la preuve d’un passé volcanique enfin localisée ?
Ashwin Vasavada, responsable scientifique de la mission Curiosity au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA en Californie, reconnaît que ces falaises ne ressemblent à rien de ce que le rover a croisé lors de ses pérégrinations. « La couche de yardangs semble totalement dépareillée. Elle n’a pas la bonne couleur, ses strates s’inclinent selon un angle étrange, et elle donne presque l’impression d’avoir été plaquée là. C’est précisément ce qui rend cette étape aussi passionnante. Personne ne sait exactement ce qui a formé cette couche, mais l’une des hypothèses est qu’il pourrait s’agir de cendres déposées par d’anciennes éruptions volcaniques. »
En regardant de plus près l’image et en tenant compte des strates de roches et de leur aspect volcanique, elle pourrait presque nous rappeler des paysages terrestres, comme ceux d’Islande ou de certaines zones désertiques de l’Ouest américain (comme l’Utah). Les îles Canaries, notamment aux abords du parc national du Teide ou de Lanzarote, présentent également des analogies géologiques qui sautent aux yeux.

Si l’hypothèse soulevée par Vasavada venait à se vérifier, elle expliquerait pourquoi les yardangs qu’il a photographiés sont si différents du territoire qu’il a arpenté en escaladant le Mont Sharp. Un environnement lacustre occupait le cratère Gale il y a plusieurs milliards d’années, et les strates inférieures de la montagne en portent toutes la marque : sédiments déposés au fond de l’eau, minéraux salés laissés par son évaporation… Si ce sont bien des cendres volcaniques qui recouvrent les yardangs, elles auraient été projetées dans l’atmosphère par une éruption lointaine, puis retombées sur une montagne dont la formation par sédimentation aqueuse était terminée depuis longtemps. Mais ce n’est là qu’une hypothèse, et le développement que nous en faisons ici reste spéculatif. Nous en saurons peut-être davantage au courant de l’année 2027 : ls scientifiques du JPL espèrent que Curiosity aura atteint la base des yardangs pour y collecter les premières données à l’aide de son bras robotisé.